Apparat savant

Les éditeurs et les experts en littérature nomment apparat savant la totalité des éléments écrits, de qualité érudite, qui accompagnent un texte, dans l'objectif d'éclairer son auteur, sa date, sa composition, son intention, ses difficultés d'interprétation,...



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Les éditeurs et les experts en littérature nomment apparat savant la totalité des éléments écrits, de qualité érudite, qui accompagnent un texte, dans l'objectif d'éclairer son auteur, sa date, sa composition, son intention, ses difficultés d'interprétation, ses éditions, sa réception, etc.

Les éléments de l'apparat savant sont assez divers : citations, références et sources, notes en bas de pages, introduction, texte en langue originale (en parallèle avec la traduction), commentaire historique ou philologique, index fontium (les sources), index locorum (références avec renvoi à la page où le passage est cité ou mentionné, par ex.  : Évangile selon Marc 1, 1 : p. 100), index nominum (les noms propres), index rerum (les thèmes), index verborum (les mots), bibliographie, liste des abréviations et sigles, appendices documentaires ou annexes, chronologie, biographie, cartes géographiques, glossaire, liste des mots étrangers, errata (liste des fautes reconnues dans l'impression d'un ouvrage et signalées sur les dernières pages imprimées), "addenda et corrigenda" (ajouts et corrections), table des illustrations, table des matières, table des titres, table des entrées, concordances, tableaux de données...

On dit "apparat" (idée de préparation) ou "apparatus", mais pas "appareil" (idée d'instrument) ou "appareillage". L'"apparat savant" ou "apparat scientifique" n'est pas l"apparat critique", centré sur l'établissement philologique d'un texte, plus exactement les variantes des divers manuscrits et les éditions antérieures, en vue d'une édition critique.

Historique

Les philosophes grecs jouent un grand rôle. Les titres donnés aux ouvrages datent de 450 av. J. -C. (le sophiste Protagoras écrit un Alêtheia. Vérité). Hippias, autre sophiste, rédige des répertoires, perdus, dont un Noms de peuples. Aristote glisse dans sa Métaphysique (A, 3), un glossaire, l'étude de son propre vocabulaire. Théophraste, le disciple d'Aristote, élabore des doxographies, des recueils d'opinions, dès 330 av. J. -C. Un autre disciple d'Aristote, Démétrios de Phalère, institue deux disciplines, la bibliographie et la muséographie, comme fondateur de la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie vers 300 av. J. -C.

Le genre biographie naît en Grèce au IV° s. av. J. -C. [1]

Pour les bibliographies comme répertoires de livres, "le médecin grec Galien, en écrivant au II° siècle le De libris propriis, donne la première expression de l'idée bibliographique qui équivaut à'liste d'œuvres'... Les hommes instruits qui se préoccupent, au XV° siècle, de rassembler les titres de livres nouvellement imprimés suivent en premier lieu la tradition. Le premier d'entre eux est un abbé du monastère des Bénédictins de Spannheim, en Prusse, Johann Tritheim, dont le Liber de scriptoribus ecclesiasticis paraît à Bâle en 1494. "[2]

"La naissance du codex, en premier lieu, dans lequel la comparaison des passages est plus aisée que dans le volumen, correspond au besoin nouveau des chrétiens de confronter d'une part les Évangiles entre eux, d'autre part l'Ancien et le Nouveau Testament, ce qui forme l'exégèse biblique. Au IVe siècle l'évêque Eusèbe de Césarée élabore des tables, en quatre colonnes parallèles, conçues pour accompagner les manuscrits évangéliques. [Vers 1053], Papias compose le premier ouvrage [Lexicon ou Elementarium doctrinæ rudimentum]qui suive l'ordre alphabétique. C'est un dictionnaire. "[3]

Pas d'apparat savant sans plusieurs index. "Les Concordances bibliques, de Hugues de Saint-Cher [entre 1235 et 1285], permettent de localiser un mot dans l'Ancien Testament. La position de chaque mot dans le texte des Écritures y est codifiée par un dispositif à trois divisions : Livre (titre abrégé) / chapitre (chiffre) / situation dans le chapitre - cette dernière étant notée par une lettre de A à G, qui indique la position relative dans le chapitre (Par exemple. A : début ; D : milieu ; G : fin). Ainsi l'entrée Aqua (eau) aura pour localisation : Gen. I. A. Tous ces outils sont les ancêtres de nos index. "[4]

L'édition du Psautier par Lefèvre d'Étaples en 1509 (Quincuplex paslterium) donne la première occurrence de la numérotation des versets, qui introduit une décomposition normalisée du texte biblique et remplace, l'ensemble des dispositifs antérieurs de signalisation, indexation et repérage. Le verset, unité de sens, est présenté comme une unité visuelle, individualisée par son numéro, la rubrication de la première lettre et des bouts de ligne typographiques. En 1555, l'imprimeur libraire lyonnais Jean Frellon ajoute un élément supplémentaire de séquentialisation à ce système : le retrait de la première ligne, achevant ainsi la mise au point du verset typographique moderne.

La première édition imprimée du Nouveau Testament, avec apparat critique (il cite les différentes leçons des manuscrits), vient de Robert Estienne, à Paris, en 1550.

La citation prend toute son importance avec l'imprimerie (1450) et la naissance de deux techniques : les caractères italiques (1501), les guillemets (1527). Cette innovation est particulièrement visible chez le logicien Ramus, dans sa Grammaire (1572) [5].

Edward Gibbon fait de la note en bas de page [6] une véritable forme littéraire, dans son Histoire du déclin et de la chute de l'Empire romain (en anglais, 1776-1788, 6 vol. ). L'historien Leopold von Ranke, dans son Histoires des peuples romans et germains (en allemand, 1824) rend la note en bas de page indispensable dans tout travail historique, érudit, objectif.

À partir des années 2000, les éditions critiques numérisées offrent sur l'Internet des données savantes en grand nombre et toujours modifiables. La webographie complète la bibliographie. Un hyperlien permet de passer automatiquement d'un document consulté à un autre document, lié : il équivaut à la référence dans le livre. Depuis 1999, à l'Université de Louvain-la-Neuve (Belgique), le CETEDOC (CEntre de Traitement Électronique des DOCuments), en pionnier, élabore les diverses versions du Cetedoc Library of Christian Latin Texts (CLCLT), actuellement Library of latin texts, il reproduit les grands textes chrétiens : le Corpus Christianorum (textes des Pères de l'église), Series latina, la Continuatio medievalis, le Corpus Scriptorum Ecclesiasticorum Latinorum, la Patrologia latina de Migne, les Acta Sanctorum, etc., sous forme de CD-ROM ou d'éditions électroniques.

Exemples

À titre d'exemple pour l'imprimé, la 4° édition (2004) du Dictionnaire d'éthique et de philosophie morale présente :

À titre d'exemple pour le web, l'édition électronique (dès 2006) du Cartulaire blanc de l'abbaye de Saint-Denis (vers 1300), par l'École nationale des Chartes, propose huit types d'accès à l'information [7] :

Bibliographie

Voir aussi

Liens externes

Notes et références

  1. A. Momigliano, Les origines de la biographie en Grèce ancienne, trad., 1991.
  2. Louise-Noëlle Malclès, La bibliographie, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1977, p. 7.
  3. enssib - Repérages et navigation dans l'espace du livre ancien
  4. enssib - Repérages et navigation dans l'espace du livre ancien
  5. Antoine Compagnon, La seconde main ou le travail de la citation, Seuil, 1979, p. 253.
  6. Anthony Grafton, Les origines tragiques de l'érudition. Une histoire de la note en bas de page, trad., Seuil, 1998.
  7. Le projet d'édition électronique du Cartulaire blanc de l'abbaye de Saint-Denis et les projets électroniques de l'Ecole nationale des Chartes

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