Manière noire

La manière noire est un procédé de gravure en creux ou en taille-douce. Cette technique est aussi connue sous le nom de mezzotinte ou mezzotinto, de l'italien qui veut dire «demi-teinte».



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  • ESCHER n'a réalisé que sept gravures par le procédé de la manière noire ou mezzotinte. Il dit lui-même que cette technique met sa patience à rude épreuve.... (source : mcescher.frloup)
portrait de la princesse Amélie-Elisabeth de Hesse par Ludwig von Siegen, réalisé en 1642.
Brunissoirs et grattoirs
Berceau

La manière noire (ou gravure noire) est un procédé de gravure en creux ou en taille-douce.
Cette technique est aussi connue sous le nom de mezzotinte ou mezzotinto, de l'italien qui veut dire «demi-teinte» (1749).

Historique

En 1642, un graveur amateur allemand, Ludwig von Siegen inventa, pense-t-on, la manière noire[1]. Il est envisageable que l'idée se soit matérialisée suite à grattage d'eaux-fortes trop intenses. C'est lui qui gravera en 1642 le premier portrait en manière noire, celui de la princesse Amélie-Élisabeth de Hesse-Cassel (reproduit ci-contre). Le prince Rupert du Rhin, artiste amateur, développa la technique en inventant le berceau[2], et son assistant Wallerant Vaillant l'adaptera à un usage commercial à Amsterdam dans les années 1660.

Le procédé est spécifiquement en vogue dans le dernier tiers du XVIIe siècle et le premier tiers du XVIIIe siècle surtout en Angleterre où on parle de l'art des Smiths (en particulier John Raphaêl). Elle est appréciée pour la transposition et la diffusion des portraits peints, comme ceux d'Antoine Van Dyck. Ses noirs veloutés et ses gris profonds sont à même de restituer le coloris subtil de ses tableaux et de traduire la fine observation que ce dernier accorde aux textures ainsi qu'aux jeux de la lumière sur les surfaces.

Les limites de cette technique, en dépit de la grande variété qu'elle offre, la font rapidement passer de mode. Le criblage de la plaque est spécifiquement fastidieux (environ une heure pour préparer une surface équivalente à celle d'un timbre-poste). Tout au long du XVIIIe siècle, les variantes de l'eau-forte, comme la gravure en manière de lavis, puis l'aquatinte, se substituent progressivement à la manière noire, qui est progressivement délaissée.

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, des graveurs comme Mario Avati, Sun-ja Park ou Michèle Joffrion remettent la manière noire à l'honneur.

Technique

Le premier travail consiste à grainer la plaque uniformément de petits trous, avec un outil : le berceau. Le grain doit être extrêmement régulier pour retenir l'encre. Si la planche était encrée à ce stade, on obtiendrait un noir parfait et velouté.

Le berceau est un demi-cylindre fixé sur un manche et hérissé de minuscules pointes[3]. L'affûtage est assez fastidieux[4]. Un mouvement de balancement du manche, en premier lieu d'avant en arrière puis de gauche à droite, permet d'entamer le métal de façon régulière et uniforme[5]. On parle d'un tour quand on a effectué un premier passage sur la surface de la plaque. Les graveurs des XVIIe et XVIIIesiècles préconisaient vingt tours pour que la plaque soit correctement grainée. L'Angleterre se dota d'établis pour mezzotinte : «le berceau était soutenu par un long bras, terminé par une roulette, pour que le bras puisse avancer et reculer ; une poignée surmontait le bras, qu'on balançait de droite et de gauche[6].» Le grainage peut aussi être obtenu par une roulette : ce qui sert à gagner du temps, mais le rendu est plus médiocre.

Puis, en grattant les grains avec un grattoir et en polissant les pointes rugueuses de la surface avec un brunissoir[7], le graveur éclaircit progressivement les zones du dessin qui retiendront plus ou moins d'encre et donneront les blancs et les tonalités de gris[8].

La manière noire permet une grande variété de teintes et son charme réside dans le fait que les formes «paraissent sortir de l'ombre. C'est cet esprit tout autant que le procédé qui sert à distinguer une manière noire d'une simple manière blanche[6].» L'impression est délicate, à cause de la grenure ; l'encrage doit s'effectuer avec un tampon doux. L'aciérage est vivement recommandé pour des tirages en grand nombre. On peut exécuter une manière noire en lithographie par grattage et lavis d'acide sur fond noir. Ce terme peut aussi désigner tout dessin qui procède par méthode d'effaçage.

Gravures en manière noire

Bibliographie

Liens externes

Notes

  1. «Il n'y a pas un seul graveur, un seul artiste quelconque qui puisse savoir comment cet ouvrage a été exécuté.» Dédicace de L. von Siegen au landgrave de Hesse-Cassel
  2. John Evelyn attribue la paternité de cette nouvelle technique au prince Rupert : Of the new way of Engraving, or Mezzo Tinto, Invented, and communicated by his Highnesse Prince RUPERT, Count Palatine of Rhyne, &c.   (1662)
  3. il existe trois numéros de berceau : le 75, le 85, le 100 – la numérotation correspond au nombre de lignes sur le dos de la lame par inch
  4. «l'outil sera repassé sur le revers de son biseau ; et on aura grand soin, en l'aiguisant, de conserver toujours le même périmètre ; ce périmètre doit être tiré du centre d'un diamètre de six pouces ; trop de rondeur caverait le cuivre, et moins de rondeur ne mordrait pas suffisament.» J. C. Le Blon : Opérations nécessaires pour graver et imprimer des estampes
  5. «on doit veiller à ne pas aller jusqu'aux pointes de l'instrument - qui doivent d'ailleurs être arrondies - pour ne pas blesser le métal et ne laisser que des marques identiques.» André Béguin
  6. André Béguin : Dictionnaire technique de l'estampe, Bruxelles, 1977.
  7. «l'instrument dont on se sert pour ratisser la grainure s'appelle grattoir... ce grattoir porte généralement un brunissoir sur la même tige ; le brunissoir permet de lisser les parties que le grattoir ont ratissées... Il s'agit en œuvrant, de conserver la grainure dans son ton vif sur les parties du cuivre qui doivent imprimer les ombres ; d'émousser les pointes de la grainure sur les parties du cuivre qui doivent imprimer les demi-teintes, et de ratisser les parties du cuivre qui doivent épargner le papier, pour qu'il puisse apporter les luisants.» J. -C. Le Blon :Opérations nécessaires pour graver et imprimer des estampes
  8. relire Diderot : Le Salon de 1765


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